Une source peu ou pas connue en généalogie, les registres du bagne de Brest

Dans le cadre du #lemoisGeneatech, je participe au #Geneatheme de la 1ère semaine « une source peu ou pas connue ». https://www.geneatech.fr/

J’ai choisi de vous présenter les registres du bagne de Brest à travers l’histoire d’un de mes ancêtres.

Musée de Bretagne, Collection Arts graphiques.

Le bagne de Brest a été créé en 1749 en remplacement des galères qui ne nécessitent plus autant de main-d’œuvre. Plusieurs bagnes ont été créés à la même époque comme les bagnes de Toulon, Rochefort, etc. Le bagne de Brest accueillait les condamnés pour contrebande ou pour des peines longues pour homicide, vol ou faux par exemple.  Le bagne de Brest ferma ses portes en 1858.

Mon ancêtre Michel DOUESNEAU (Sosa 240, génération 8) a été condamné deux fois à des peines de travaux forcés et a purgé ses peines au bagne de Brest. Sa première condamnation a eu lieu en 1780 pour contrebande de sel ou faux-saunage.

Ma généalogie est située aux confins de trois provinces historiques : Le Maine, la Bretagne et la Normandie. Dans l’Ancien Régime, toutes les provinces n’avaient pas les mêmes niveaux d’impôts notamment pour la Gabelle, l’impôt sur le sel. Le Maine faisait partie des provinces de Grande Gabelle tandis que la Bretagne était une province franche où le sel ne coûtait pas grand-chose. A titre de comparaison, le minot de sel (environ 50 kg) valait 59 livres dans le Maine tandis qu’il coûtait 1 à 2 livres en Bretagne. Dans la province du Maine comme dans les autres provinces de Grande Gabelle, c’était un impôt obligatoire. Pour chaque adulte et chaque enfant de plus de 8 ans, une quantité de sel définie était distribuée par la Ferme « pour le pot et la salière« . Des hommes étaient désignés dans chaque paroisse pour distribuer le sel à chaque famille et collecter l’impôt. Cependant, ce sel n’était pas suffisant pour chaque famille. Il fallait retourner au grenier à sel pour le sel nécessaire à la salaison, ce qui coûtait très cher. La tentation était donc forte pour les habitants du Maine et de la Bretagne de faire du faux-saunage.

Il y a une quinzaine d’années, j’ai pu obtenir grâce à l’association GALFOR et aux recherches effectuées par André POUSSIN quelques premiers renseignements concernant mon ancêtre. Il fallait alors écrire à l’association. Depuis, ils ont créé un site avec une base de données de plus de 11 000 noms de bagnards de l’Ouest de la France, base qui s’étoffe encore au fil des années :

https://www.galfor.fr/index.php

Pour retrouver mon ancêtre, j’ai d’abord cherché dans leur base de données. Sachant que l’orthographe de son nom n’est pas toujours exactement la même, j’ai fait la recherche plusieurs fois et deux années de condamnation sont apparues : 1780 et 1798.

Extrait du site Galfor (lien au-dessus)

Depuis 2016, les registres du bagne de Brest ont été numérisés par le Service Historique de la Défense et mis à disposition par le Centre de Recherche Bretonne et Celtique dans leur bibliothèque numérique.

Les registres se trouvent à l’adresse suivante :

https://bibnumcrbc.huma-num.fr/collections/show/9

La partie la plus compliquée de la recherche a été ensuite de trouver trace de son entrée au bagne de Brest. Les tables n’étant pas encore numérisées à ma connaissance, j’ai donc parcouru les registres de ses années de condamnation.

Pour vous y retrouver, une fiche geneawiki existe avec le contenu de chaque registre :

https://fr.geneawiki.com/index.php/SHD_/_Marine_Brest_-_S%C3%A9rie_O

Mon ancêtre Michel DOUESNEAU a été condamné le 8 mars 1780 au grenier à sel de Lassay pour « faux-saunage à col et récidive » par sentence des juges de ferme à trois ans de bagne. Le faux-saunage « à col » veut dire qu’il portait le sel de contrebande directement sur son dos. Dès la premier récidive, les faux-sauniers étaient condamnés à une amende et à une peine de travaux forcés.

Comme tous les condamnés pour des peines de travaux forcés, il est tout d’abord marqué au fer rouge des lettres « GAL » (comme auparavant les galériens) en place publique au niveau de l’épaule (la flétrissure). Il a tout d’abord été placé en prison en attendant que la chaîne de galériens arrive de Paris. Il a ensuite été ferré au cou pour porter sa chaîne en cravate puis ferré au pied. Les futurs bagnards étaient ensuite enchaînés les uns aux autres pour former des chaînes de forçats de 24 à 36 hommes. Ils allaient ainsi à pied jusqu’à Brest sous les quolibets de la population des villages qu’ils traversaient.

Un bagnard – Dessin de Jules Noël (1844) – Collection du Musée des Beaux-Arts de Quimper

Michel DOUESNEAU arrive au bagne le 15 juin 1780 à l’âge de 33 ans. Il est alors enchainé pour toute la durée de sa peine à un autre bagnard. La fiche issue du registre du bagne de Brest nous donne toute sa description physique. C’est une partie très intéressante de chaque fiche car cela permet de mieux se représenter son ancêtre. Il est libéré le 10 mars 1783.

Extrait du registre 2 O 215 du bagne de Brest

Il est à nouveau condamné le 4 fructidor an VI (21 août 1798) par le tribunal correctionnel d’Alençon à 20 ans de fers pour avoir commis un homicide sans préméditation. Il a alors 51 ans. Il est exposé au pilori le 9 fructidor puis part au bagne de Brest. On constate que 18 ans plus tard, son physique a bien changé et qu’il est devenu sourd. Il finira sa peine en prison à partir de 1816, ayant atteint la limite d’âge du bagne, puis sera libéré en 1818.

Extrait du registre 2 O 21 du bagne de Brest

En 1822, il ne peut donner son consentement au mariage de son fils :  « impossible qu’il donne son consentement au désir de l’article 150 du code civil, vu qu’il est sourd et tombé en enfance sur son grand âge ».

Il décède à l’âge de 79 ans le 24 juillet 1826 au Pas (Mayenne), sa commune de naissance.

9 commentaires sur « Une source peu ou pas connue en généalogie, les registres du bagne de Brest »

  1. Effectivement très intéressant !
    Je soupçonne un collatéral originaire de la Mayenne d’avoir été arrêté et conduit au bagne, ou plutôt il a été emmené « dans les Isles ». Par contre, je n’avais rien trouvé sur le site du Galfor.

    Aimé par 1 personne

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